Retour au Gouffre Crucet, 40 ans après les premières explorations

Thierry (GSAM), Thomas et Manu (ASCR) - TPST : 3h

Photos de Thierry, de Thomas

Déjà lors de notre sortie au Gouffre Pater il y a 3 semaines, Thierry nous avait vendu l'affaire du gouffre Crucet. Il pensait avoir enfin localisé la bestiole, explorée il y a 40 ans pour le Groupe Spéléo de Clerval.

Entr_e_dans_le_gouffreLa topo était prometteuse : 2 beaux puits, arrêt sur une diaclase boueuse descendante vers -60 / -70 m. Nous pouvons espérer découvrir du nouveau avec les éclairages actuels, plus puissants, et les techniques d'équipement plus rapides et sécurisées avec perfo & Co.

Ce vendredi, je récupère Thomas le convalescent-du-pouce chez une dynamiseuse de soirée (à ne pas confondre avec une diseuse de bonne aventure). Rendez-vous au bord de la route pour retrouver Thierry. Celui-ci s'est déjà équipé, et nous le rejoignons avec du matériel complémentaire.

En effet, quelques échanges préalables et les bons conseils de Roland B. m'avaient convaincu de "faire attention" au puits d'entrée, suffisament étroit pour risquer d'y laisser des plumes, des morceaux de combi, beaucoup d'énergie, etc. 

J'installe donc une tyrolienne entre 2 arbres, afin de poser un palan à poulies. L'idée est de pouvoir sortir aisément le matériel, et l'un ou l'autre d'entre nous, potentiellement coincé dans la zone de calibre 16 ([13 & 3], donc) du puits d'entrée. L'idéal dans ce cas est d'avoir un Thomas sous la main (sans jeu de mots), qui place de judicieux conseils aux bons moments. Il sera notre 13° homme : soutien, motivateur, conseiller, ange et gardien du matériel en surface et des voitures.

Une fois tout en place et sécurisé : FEU ! je m'encorde et me glisse.

Descente sans problème

La gravité et la glaise/humus facilitent tout de même grandement le travail.

Arrivée dans un joli petit volume très érodé, avec une tête de "grand" puits dont je cherche la meilleure ligne de descente. Je place un départ de main courante sur un bel amarrage naturel, propre et robuste, avant de m'installer convenablement et de demander la transmission du perfo + trousse à spits à Thierry.

Le spit d'origine (40 ans), à moitié sorti et carrément rouillé jusqu'à l'os, ne m'inspire qu'une confiance limitée : je perce donc et plante en face, puis utilise à nouveau l'érosion naturelle pour trouver un "Y" magnifique et aérien, plutôt confortable. La corde est trop petite à vue : le puits se prolonge après un palier glaiseux 20 m plus bas. Qu'à cela ne tienne, on pose la corde suivante en tête de puits, et c'est parti. La verticale ne l'est pas vraiment, et la corde frotte en paroi bombée au bout de quelques mètres. Je planterai donc un spit à la remontée pour installer une belle déviation la prochaine fois.

Le fameux palier est très sale est boueux, et contraste fortement avec le puits minéral et propre que je viens de parcourir, les sens en ébullition et le coeur en chamade. J'évite au maximum ce contact déplaisant pour protéger la cavité quasi-immaculée, et je pars fractionner en limite de plein vide et hors chute de pierre (merci, on a donné), pour terminer les 6 ou 7 mètres de descente. Je trouve encore une petite margelle qui facilite le travail de percement, et qui servira aussi pour passer l'obstacle aisément.

Arrivée en bas du puits...

SAM_1627_petitThierry me rejoint rapidement avec des exclamations de joie et les yeux pétillants : on est content d'être là, et on remercie les premiers explorateurs d'avoir réellement préserver le site (bon, on se demande tout de même comment ils sont descendus, à part sur le spit à moitié planté, et avec des frottements infâmes sur les lames d'érosion en haut du premier grand puits...)

La cavité change : les formes d'érosion, la couleur du calcaire, et nous retrouvons ici du concrétionnement en paroi avec de chaudes couleurs qui jurent avec le blanc et le gris pur du début.

Nous enchainons avec une belle et large diaclase fossile, haute de 5 à 6m, qui pince au bout de quelques mètres. 

Nous trouvons alors un spit, des traces de travaux en plaquage, et une gravure en paroi des premiers hommes descendus ici quelques 40 ans plutôt : "GSC 25 ; 74 - 12". Groupe Spéléo de Clerval, décembre 1974.

La suite est là

Nous constatons que cela passerait "facilement" à la descente (en enlevant le casque, en se tortillant pour éviter de se coincer dans le bas de l'étroiture, ...). Mais nous imaginons sans problème la remontée de galériens.

Le passage donne sur un ressaut, lui-même surplombant un autre puits profond. Le bruit lointain des chutes de pierre donne envie de pousser l'exploration ! Nous serons pourtant raisonnables et en resterons là.

Je plante un 2° spit près du premier -historique et intact, lui- pour installer, la prochaine fois, une vraie main courante pour sortir de l'étroiture. Un petit élargissement de 5 à 10 cm semble pertinent pour passer cette étroiture à la remontée, sans trop de questionnements existentiels.

La remontée s'organise

Alors que déjà l'envie de revenir nous titille, nous sécurisons ce qui doit l'être. Je n'oublie pas de planter un spit pour la future déviation dans le grand puits. Thierry immortalise ces instants avec des photos qui donnent bien l'ambiance de la cavité.

En bas du puits-étroiture d'entrée, je laisse là mon kit, et m'engage lentement dans le passage étroit. Au début, je parviens à user de ma pédale connectée à ma poignée, par petites brassées de 5 à 10 cm. Puis de 2 à 3 cm. Puis plus du tout. Mon torse a dépassé l'endroit vraiment étroit, mais mes jambes sont dans une sorte d'étau. Abandonnant l'espoir d'utiliser le bas de mon corps devenu inutile, je joue des coudes et des mains pour trouver des prises, et je parviens à m'élever lentement dans la faille. Le reste n'est que formalité, car je peux alors à nouveau jouer de la pédale... Thomas m'attend à la sortie après avoir prospecté les alentours. Il a pas mal souffert : sa main blessée ne supporte pas vraiment ce temps encore bien hivernal.

J'envoie la poulie à Thierry en bas de l'étroiture, nous sortons les sacs. Je lui propose une assistance pour la remontée. La fois précédente, il avait mis 20 à 30 min pour parcourir ces 5 m. Autant utiliser les équipements en place ! La remontée avec le palan est fastidieuse mais finalement assez sereine. Nous sortons ravis, puis nous trinquons en expliquant à Thomas nos découvertes du jour, nos impressions. Cela a dû être dur pour lui, qui d'habitude plante les spits !

Décision est prise unanimement de revenir avec des moyens persuasifs pour faciliter le passage du puits d'entrée ; au moins pour les 50 cm à la base, et qui sont vraiment pénibles. Une fois ce travail effectué, le terminus de notre sortie sera rapidement atteint. Quelques coups de martin-bureau, voire l'utilisation de malabar bi-goût, permettront de franchir sans inquiétude l'étroiture. Il faut boucler l'exploration du gouffre, en fouillant systématiquement chaque zone, y compris dans les plafonds...

D'autres (belles !) cavités dans le voisinage, indiquées par Roland, et reperées le jour de Pâques par Thomas. Il va falloir monter un camp spécial !

Les motivés existent et se manifestent ; le RDV reste à poser !